N° 01 ∙ Janvier 2018

COMMENTAIRE DE MARCHÉ

Consuetudo quasi altera natura¹

AUTEUR : Guido Barthels

Portfolio Manager senior, ETHENEA Independent Investors S.A.


L’habitude est presque une seconde nature. C’est à peu près ainsi que pourrait se traduire le titre de ce Commentaire de marché. Cicéron a inscrit cette observation dans le marbre il y a déjà plus de 2000 ans. Impossible de savoir s’il s’agissait d’un concept nouveau à l’époque, mais il recoupe certainement le constat que tirent la majorité d’entre nous avec l’expérience, à savoir que l’homme tient à ses habitudes. Pour la plupart d’entre nous, s’écarter de ses habitudes revient à quitter sa zone de confort. Un expert en neurosciences saurait expliquer exactement pourquoi, mais pour ce qui va suivre, cela n’a pas d'importance.

En début d’année, les compteurs sont remis à zéro, ce qui permettrait d’aborder sereinement la réalité et d’analyser sous un angle purement objectif le monde (de la finance) avant de repartir à l’aventure. Notre économiste en chef Yves Longchamp s’en est chargé² et en conclut que la conjoncture mondiale démarre l’année 2018 dans de bonnes conditions.

Graphique 1 : Volume des échanges mondiaux

Nous ne pouvons qu’approuver cette vision. L’économie mondiale tourne à plein régime. Le commerce mondial, qui indique l’activité économique, a clôturé l’année 2017 sur des gains ordinaires (cf. Graphique 1). L’indicateur de surprise économique pour les États-Unis est actuellement à son plus haut niveau depuis 2011 (cf. Graphique 2). Pour la zone euro, cet indicateur a certes quitté son niveau élevé (cf. Graphique 3), mais c’est essentiellement dû au fait que les prévisions des économistes de ces derniers mois ont laissé entrevoir une amélioration progressive de la situation dans la zone euro.

Graphique 2 : « Indicateur de surprise » États-Unis

Graphique 3 : « Indicateur de surprise » Zone euro

Combinée aux programmes de relance conjoncturelle des gouvernements depuis la crise économique mondiale de 2008/2009, la politique monétaire non conventionnelle semble encore porter ses fruits. Les critiques, notamment d’Oxfam, sur le peu de gagnants de la croissance, ont du mal à se faire entendre. À croire que le trickle down, à savoir la théorie du ruissellement de la prospérité des riches vers les pauvres, pourrait finir par fonctionner, même si nombre d’économistes en doutent.

L’exemple de l’Allemagne, qui a publié en début d’année des chiffres d’emploi inédits depuis la réunification, semble le confirmer. La croissance y est généralisée. Si l'on extrapole cette conclusion aux autres économies développées, rien ou presque ne contredit une poursuite des tendances de 2017. Or, l’homme attaché à ses habitudes aime les tendances.

Par conséquent, tout indique que les actions resteront en principe orientées à la hausse tandis que les primes de crédit des obligations d’entreprise continueront de baisser. Les rendements devraient augmenter dans la zone euro et se stabiliser en périphérie. Aux États-Unis, la tendance restera à la hausse.

Si seulement tout était aussi simple...

Le problème avec les marchés financiers, c’est qu'ils sont souvent comparés à un casino. Malheureusement, l’analogie est extrêmement mal choisie car il est possible de calculer très précisément les probabilités pour la plupart des jeux de hasard présents dans les casinos. Qu’il s’agisse de la roulette, du black jack, du poker Texas Hold’em ou encore du craps, les joueurs connaissent le rapport opportunité/risque et pourraient en tirer avantage avec les moyens correspondants (lesquels sont souvent interdits précisément pour cette raison).

Malheureusement, il en est tout autrement sur les marchés financiers dans la mesure où les êtres humains en sont les acteurs et que l’homo oeconomicus n’existe que dans l'imagination des économistes. Il existe bel et bien des comportements irrationnels, instincts grégaires et événements que Nassim Taleb décrit de manière emblématique comme des cygnes noirs. L’application de modèles mathématiques semble d’emblée vouée à l’échec, tout simplement parce que le monde est trop complexe pour être modélisé.

Par conséquent, les spécialistes des marchés financiers s’appuient sur l’heuristique³ pour prendre leurs décisions d’investissement. L’expérience et l’habitude font ici office de cadre de pensée à l’aide duquel nous prenons nos décisions.

Cicéron aurait vu juste ?

Serait-ce donc beaucoup plus simple que ce que nous pensions ? Faut-il se contenter de suivre la tendance ? Tant qu’aucun cygne noir, gris ou autre ne pointe le bout de son bec, c’est peut-être vraiment la solution. Mais le cas échéant, rapidité et discipline sont de rigueur pour limiter les pertes. Il faut ensuite exécuter les ordres stop-loss avant de mettre en œuvre des stratégies de couverture à l’aide d'une équipe expérimentée.

Mais d’ici là – Let the trend be your friend.

¹ Dans De finibus bonorum et malorum de Cicéron en 45 av. J.-C.

² Investor Insights – Perspectives 2018 par Yves Longchamp http://publication.ethenea.com/upload/2017/12/investorinsights/122017_fr.html

³ Traduction française de la fiche Wikipédia en allemand : L’heuristique (du grec ancien εὑρίσκω heurísko « je trouve » ; εὑρίσκειν heurískein « découvrir ») désigne l’art de parvenir à des conclusions vraisemblables ou à des solutions praticables en un temps restreint et avec des connaissances limitées (informations incomplètes). Elle décrit une approche analytique qui, à l’aide d’hypothèses, formule des réponses sur un système malgré des connaissances limitées sur celui-ci. Ces déductions peuvent diverger de la solution optimale.

Perspectives macroéconomiques

Yves Longchamp, CFA

Head of Research, ETHENEA Independent Investors (Schweiz)


Investir en 2018 – Quelles sont les perspectives ? Dans sa vidéo, notre chef économiste nous présente les évolutions possibles en 2018.


Commentaire de marché ETHENEA - Obligations et actions - prévisions pour 2018
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Auteurs

L’équipe de gestion et le Head of Research

L’équipe de gestion ETHENEA et le Head of Research

Assis (de gauche à droite) : Daniel Stefanetti, Guido Barthels, Luca Pesarini, Arnoldo Valsangiacomo, Christian Schmitt ; debout (de gauche à droite) : Simon Oeser, Fabian Scheler, Thomas Herbert, Ralf Müller, Roland Kremer, Jörg Held, Matthias Brachtel, Niels Slikker, Yves Longchamp – Head of Research chez ETHENEA Independent Investors (Schweiz) AG; Absents de la photo : Harald Berres, Dr Volker Schmidt

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