N° 08 ∙ AOUT 2019

COMMENTAIRE DE MARCHÉ

Le Brexit sans accord devient-il réalité ?

AUTEUR : Dr. Volker Schmidt

Senior Portfolio Manager



Les conservateurs britanniques ont élu Boris Johnson à la tête du parti. Il remplace ainsi Theresa May au poste de Premier ministre du Royaume-Uni. Et son mandat commence fort. Une réputation sulfureuse précède l’ancien maire de Londres et ministre des Affaires étrangères. Ouvertement favorable au Brexit, il a exigé la révision de l’accord négocié entre l’UE et les représentants de l’ancienne Première ministre. Il a rapidement remanié le gouvernement, annonçant la sortie sans accord si l’UE ne devait pas faire montre de bonne volonté et s’en tenait à l’accord négocié avec Theresa May. Pour donner du poids à cette menace, il a formé un comité exclusivement dédié aux préparatifs d'un Brexit sans accord. Toutefois, l’UE ainsi que les chefs de gouvernement des États membres ont déjà laissé entendre qu'ils ne renégocieraient rien. La date de sortie reste fixée au 31 octobre. Le Royaume-Uni quittera-t-il l’UE le 31 octobre sans accord ?

La décision définitive ne sera sans doute prise qu’au dernier moment. Le peuple britannique et le Parlement sont profondément divisés sur le sujet. Les trois options connues, à savoir le Brexit sans accord, l’accord négocié par Theresa May et l’UE ou le maintien du Royaume-Uni dans l’UE, ne rallient aucune majorité, voire font l’unanimité contre elles. En outre, le gouvernement de Boris Johnson ne dispose que d'une majorité fragile, avec seulement une voix d’avance au Parlement britannique. Par conséquent, si Boris Johnson devait entraîner coûte que coûte le royaume sur la voie d’un Brexit sans accord, un vote de défiance pourrait aboutir.

Le principal point d’achoppement dans les négociations de sortie reste le statut de la frontière entre les deux Irlande. Dans la mesure où aucune solution définitive n’a encore été trouvée sur ce point, un « backstop » a été introduit dans l’accord négocié. Celui-ci prévoit le maintien d’une union douanière entre le Royaume-Uni et l’UE tant que la question n’aura pas été clarifiée, y compris après une phase de transition. En revanche, cette clause n’est pas acceptable pour la frange la plus dure des partisans du Brexit qui craignent que le maintien de l’union douanière ne s’éternise.

Difficile d'imaginer une solution pratique entre une frontière ouverte entre les deux États irlandais pour les personnes et les marchandises (l’Irlande fait toujours partie du marché intérieur européen) et une frontière bien délimitée avec des contrôles. La première est inacceptable pour les partisans du Brexit et la seconde est rejetée notamment par l’Irlande. Une autre solution résiderait dans une union entre les deux Irlande, mais ce n’est certainement pas l’objectif du gouvernement britannique. Toutefois, les partisans d'une réunification des deux parties de l’île y voient déjà une opportunité. Avec une équipe nationale commune pour les deux Irlande, le rugby montre qu’un regroupement peut fonctionner, du moins à petite échelle. De même, les tentatives de scission de l'Écosse ont été ravivées par la position intransigeante de Boris Johnson. Et même au Pays de Galles, qui s’était majoritairement prononcé pour une sortie de l’UE lors du référendum, les velléités d’indépendance grandissent. La Petite-Bretagne (l’Angleterre) devient donc une option progressivement envisageable, une réalité qui existe déjà depuis des années dans le football.

Avec l’issue du référendum sur le Brexit, le Royaume-Uni s’est engagé dans une impasse dont il ne semble actuellement pas en mesure de sortir. Ceux qui ont voté pour le Brexit sont divisés en deux camps, le premier, partisan d’un Brexit dur et le second favorable à une sortie de l’UE avec un accord. Aucune option, y compris celle du maintien dans l’UE, ne rallie la majorité et aucune élection n’y changera rien. Les dommages pour l’économie sont déjà immenses et en partie irréversibles. La croissance économique plus élevée que prévu en début d’année tient uniquement à l’augmentation des stocks en prévision du délai initial du Brexit au 31 mars.

Les prix de l’immobilier plongent, les détaillants s’effondrent, la main d'œuvre étrangère a quitté le pays et l’industrie a déjà réduit depuis longtemps ses investissements et fermé des installations dans ce contexte d'incertitude générale. Ainsi, Intu Properties plc, le n°1 britannique de la gestion de centres commerciaux, a dû déprécier ses actifs de près de 10 % à 8,4 milliards GBP au premier semestre 2019. Les recettes locatives ont chuté de 8 %, pénalisées par la faillite des enseignes Debenhams et Arcadia. Selon la société des fabricants et distributeurs automobiles britanniques (SMMT), les investissements étrangers dans l’industrie ont atteint un point bas de 90 millions GBP au premier semestre 2019, contre 347 millions GBP à la même période de l’année précédente et même 647 millions GBP en 2017. La production automobile au Royaume-Uni est particulièrement affectée car elle souffre non seulement du Brexit, mais également du changement structurel général de la branche. Ford, Nissan, Honda et Jaguar Land Rover ont supprimé des emplois, délocalisé une partie de leur production, voire fermé des usines.C’est également la raison pour laquelle la livre sterling s’est fortement dépréciée.

Les indicateurs conjoncturels à venir montreront une nouvelle fois clairement les dommages. Quelle que soit la voie empruntée, la situation ne s’améliorera pas à court terme. Parmi les acteurs connus, aucun n’est en mesure de sortir de cette impasse. A Reykjavik, le comique Jon Gnarr, qui en est devenu le maire en 2010, a fait du bon travail. En Ukraine, le comédien Wolodymyr Selenskyj vient d’être élu à la présidence. Personne ne sait encore s’il sera à la hauteur des attentes. Les Britanniques sont connus pour leur humour. Quel comédien pourrait bien venir en aide au Royaume-Uni ?

Le duel : banques centrales vs. conjoncture, qui en sera le gagnant ?


La Fed vient de réduire le taux directeur de 0,25 %. Dans notre dernière vidéo, Harald Berres, l’un des principaux gestionnaires de portefeuille du fonds Ethna-DYNAMISCH, aborde les facteurs qui ont incité la Réserve fédérale à prendre cette décision.


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